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Un nouveau livre relate le passé de l’agence de nouvelles la plus importante au pays

Par Colin Perkel

TORONTO – Une des influences les plus profondes dans la formation de l’identité canadienne a été en grande partie l’agence de nouvelle nationale la plus méconnue au pays, selon un livre qui vient de paraître.

Dans ce récit historique détaillé, l’auteur Gene Allen retrace la naissance d’influence américaine et les sept premières décennies de la plus importante société d’approvisionnement de nouvelles au Canada; La Presse Canadienne, familièrement appelée La PC.

« Il y a cette carte imaginaire du Canada et La PC l’a peuplée de sens, tous les jours, pendant  des décennies,  depuis près de 100 ans », a déclaré M. Allen lors d’une entrevue.

« La Presse Canadienne est une institution extrêmement importante dans l’histoire du Canada, et dont les gens ne savent pas grand-chose. Les gens ne se rendent pas compte  que la plupart des nouvelles que la majorité  des Canadiens ont reçu – certainement pour une grande partie du 20e siècle – leur sont venues de La PC d’une manière ou d’une autre ». Le livre, « Making National News: A History of Canadian Press, » s’étend sur une période allant du début des années 1900 à 1970 – lorsqu’un nouveau système téléphonique multiplex a rendu le télégraphe, en tant que principal réseau de distribution de nouvelles, totalement désuet.

L’ouvrage de recherche  est loin d’être un exercice de clavier. Il n’y a pas de moments du type « Chérie, tu me réécris ça », même s’il y a une référence charmante à « dess filles ‘’copy boy’’  » et un aperçu fascinant du légendaire correspondant de guerre de La PC Ross Munro, quelques minutes seulement après son atterrissage sur la plage de Normandie  cognant sur sa machine à écrire juchée sur ses genoux qui bondit  « comme une chose vivante sous les secousses de l’artillerie canadienne ».  Au lieu de cela, le livre offre un rare aperçu de haut niveau des négociations, des intérêts et de l’altruisme occasionnel des éditeurs de journaux du pays, qui ont été forcés de se regrouper pour créer et soutenir La PC comme une coopérative. « Les éditeurs ont tendance à avoir la folie des grandeurs : ils pensent qu’ils sont des génies et qu’ils peuvent imposer leurs points de vue particuliers sur le monde », explique  Allen. « Ce qui est  intéressant avec La PC, c’est que malgré  tous ces différents actionnaires à satisfaire, cela n’est pas arrivé. »

Une surprise  venue de cette  plongée dans les archives est le rôle essentiel qu’a joué l’Associated Press – aujourd’hui  la plus importante agence de nouvelles au monde – qui avait du mal à s’affirmer comme un acteur dominant dans l’industrie mondiale des  nouvelles  à la fin du siècle dernier. C’est à la suite de la persévérance de l’AP, en 1914, que les éditeurs de journaux du Canada ont formé une alliance pour recevoir et distribuer les nouvelles américaines et internationales circulant sur les lignes télégraphiques de New York à Toronto – mais aussi pour s’assurer que les nouvelles canadiennes descendaient rapidement vers le sud jusqu’à l’AP.

« Au début, ils ne voulaient pas. Ils se détestaient tous. Ils étaient tous en concurrence »,  a confié  Allen, historien de formation. L’organisation naissante, une coopérative à but non lucratif  créé sur le modèle de  l’AP, a amorcé officiellement ses opérations en septembre 1917 avec 117 journaux membres, qui ont partagé les nouvelles et les frais de transmission par voie télégraphique.

Depuis le début, les luttes fratricides qui ont imprégné s La PC ont reflété  celles du pays en pleine évolution . Les quotidiens des grandes villes, avec plus de budgets et de personnel, se sont confrontés aux journaux des petites villes qui comptaient davantage sur La PC. Tensions régionales. Tensions liées  au français et à l’anglais. Des tensions sur la pertinence des subventions gouvernementales pour défrayer les coûts des lignes télégraphiques installées à travers le pays.

La diversité des intérêts et points de vue des éditeurs demandait une révision constante – et est  devenue la force principale de l’agence de nouvelles. Pour réussir, La PC a dû satisfaire les diverses demandes avec un budget restreint et adopter une attitude non partisane basée scrupuleusement sur des faits – laquelle est toujours maintenue à ce jour.

« La PC devait desservir les journaux de toutes allégeances politiques et dans toutes les différentes parties du pays.  L’impartialité était très importante, souligne  M. Allen. La PC est devenue une organisation nationale en recueillant  des nouvelles des quatre  coins du pays, puis  en  les renvoyer à toutes les autres régions  bien avant – et après – que CBC/Radio-Canada ne fasse sa propre collecte d’information. Grâce à son lien exclusif avec l’AP – avec un certain élargissement  des nouvelles  provenant de Reuters – le monde est venu au Canada, et le Canada a été propulsé vers le monde. M. Allen affirme que son livre n’est pas une hagiographie.

Certains des moments les plus sombres qu’il relate comprennent un honteux écrasement   de la syndicalisation dans les années 1950 – à la demande des éditeurs qui craignaient que le cancer du syndicat métastaserait dans leurs commerces si La PC était infectée. L’antipathie était si virulente qu’ils auraient été bien contents de détruire l’agence plutôt que de permettre au service de rédaction de se syndiquer, écrit M. Allen.

Le résultat fut une attaque de licensiement utilisant une  politique de la terre brûlée dont il a fallu des années pour se remettre. Il s’est passé 20 ans avant que le personnel de rédaction de La PC soit syndiqué, un autre 25 ans pour que les relations de travail deviennent cordiales. Dans une préfiguration des défis posés par l’Internet, M. Allen rappelle l’émergence de la radio dans les années 1930, et l’insistance des éditeurs afin qu’il ne soit pas permis à ce nouveau média « de divertissement » d’obtenir ses nouvelles de La Presse Canadienne. Il faudra 20 ans pour que  qu’ils  se rendent compte  que la vente de nouvelles à la radio – et plus tard la télévision – serait extrêmement rentable  pour La PC, et donc – au grand dam  des diffuseurs – réduirait les frais qu’ils devaient verser dans la coopérative.

« C’est pure folie de  de tenter d’empêcher une nouvelle technologie de faire des choses », signale  Allen. Le livre se termine en 1970, en partie parce que c’est à ce moment que les décennies de la remarquable stabilité de l’ère du télégraphe se terminent, mais aussi  parce que la documentation disponible dans les archives  devient beaucoup plus mince », explique M. Allen. Il y a certainement beaucoup plus à raconter sur l’histoire de PC. »

« Making National News: A History of Canadian Press,” par Gene Allen, est publié par la Université of Toronto Press.

Colin Perkel est membre de la GCM et journaliste à La PC où cet article a d’abor ét publié

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